Après avoir couru dans tous les sens, j’ai l’immense plaisir d’accéder à la loge de Guts, beat-digger accompli. On retrace sa carrière, ses projets, ses ambitions tout ça sous l’angle de la musique quasi-savante qu’il nous partage ici avec élégance.

10848704_891745714198295_8432281631987741222_o.jpg


 

 

1/ I : Salut Guts ! Tout d’abord c’est ton nom qui m’a interpellé. Guts ça signifie « les tripes » c’est bien ça ? Est ce que cela fait référence à la manière dont tu travailles ?

Guts : En fait, à l’époque, je parlais assez mal l’anglais et j’ai choppé ce terme de façon un peu naïve en le traduisant à ma manière, soit pour définir un trait de caractère, genre osé, couillu, audacieux. Donc c’est plus une interprétation que je me suis faite du terme que sa traduction. Au début, c’était un tag, une signature.

I : Tu graphes un peu ?

G : Même pas… Je taguais un peu avec les potes, mais c’était plus pour faire des gros lettrages ou du remplissage, pas des trucs hyper raffinés. C’était les années 80, l’envie de marquer son territoire, de cartonner la street ou le métro, voir ta signature partout, un peu en mode vandale, quoi…

 

2/ I : Tu te définis comme un « Beat Digger », tu peux nous en parler un peu plus précisément ?

G : « Beat digger », c’est la conjonction entre beatmaker et create digger; c’est vraiment mes deux activités principales qui sont en corrélation totale. Vu que je suis producteur et beatmaker, j’utilise ma source de travail, les samples et les vinyls. Du coup, le fait d’aller chiner ma source de travail, mon inspiration, les deux activités ne vont pas l’une sans l’autre. Je suis à la fois un compositeur, beatmaker et un collectionneur de vinyls et je vais dénicher les vielles galettes, recycler des samples et j’en passe…
J’utilise certains vinyls pour sampler et m’en inspirer et il y en a d’autres qui sont des titres obscurs et que je vais utiliser pour faire des compilations; les « beach digging ». Ce sont des compilations juste pour pouvoir partager avec les auditeurs des titres soit inconnus, soit méconnus, soit introuvables; c’est une façon de leur donner une deuxième vie et d’en faire profiter les autres !

 

I : Et en ce moment, est-ce que tu es entrain de digger quelque part dans le monde?

G : Oui, récemment j’étais avec ma femme en Asie et je suis allé digger à Singapour dans une grande boutique de disques. C’est un monsieur qui a récupéré tous les disques de la radio nationale. Et puis il y a une semaine environ, je suis allé digger à Bangkok où j’ai acheté un super disque thaïlandais; dedans il y a un morceau un peu boogy funk qui est absolument incroyable. Moi ça me fait toujours kiffer de trouver les disques improbables en Thaïlande ou ailleurs mais avec une consonance un peu américaine, tu vois les thaïlandais qui font des trucs un peu boogy funk, ça me fait vraiment kiffer.

 

3/ I : Tu as décollé avec ta collaboration avec Alliance Ethnik c’est bien ça ? Comment cela a commencé ?

G : Pas ma collaboration puisque je suis le membre fondateur du groupe qu’on a créé en 1991; j’étais jeune, j’avais 20 ans. Puis de façon très spontanée, très insouciante aussi, on a monté ce groupe, composé plein de tubes, joué dans des petites salles et on s’est fait plaisir.
La mayonnaise a pris, s’est allé très très vite. En 4 ans, on a explosé et l’album est sorti en 1995. C’était incroyable… On a vendu des milliers de disques, fait des tournées de fou et effectivement, je me suis trouvé rapidement à vivre très confortablement de la musique et à voyager comme un fou, ce que j’adore.
J’ai eu aussi le privilège de croiser des gens qu’on ne croise pas dans une vie ordinaire. J’ai eu une chance inouïe et j’ai fait des rencontres exceptionnelles grâce au succès de mon groupe.

 

I : Et ton projet solo, il date de quand ?

: Il est venu à partir de 2007. J’ai commencé avec le Bienheureux. On a démarré le groupe en 2000.
Entre 2000 et 2007, j’ai collaboré avec une multitude d’artistes français, réalisé leur album, composé les musiques et dirigé les projets en studio, ce que j’aime bien faire d’ailleurs.
En 2007, je suis parti en Espagne où je me suis trouvé loin de Paris où ça groove et où ça bouge. Finalement, ça a été un mal pour un bien parce que, sans cette expérience, je n’aurais pas pensé à partir dans un délire solo. En fait ça a super bien marché, à mon niveau j’entends et sans comparaison avec Alliance Ethnic.

 

4/ Ce soir vous êtes 13 sur scène, accompagné par deux américains, c’est quoi la touche américaine que t’as décidé d’apporter ?

G : C’était la présence de Leron Thomas qui est un grand trompettiste américain et surtout un grand compositeur qui a déjà fait 8 albums et tourné avec Mos Def, Lauryn Hill et j’en passe. C’est un artiste encore méconnu mais qui j’espère va davantage trouver la lumière et récolter le succès qu’il mérite car c’est un artiste hyper brillant et talentueux.

Le deuxième artiste, c’est Von Pea qui est aussi de New York, de Brooklyn et qui est un rappeur qui fait partie du duo Tanya Morgan. Il est hyper brillant, je l’ai découvert sur internet. J’avais déjà collaboré avec lui tout comme Leron Thomas, sur l’album précédent « Hip Hop After All » et là pour mon nouvel album « Eternal », j’ai sollicité tout mon live band y compris donc Leron Thomas, Tanya Morgan et Lorine Chia pour pouvoir réaliser et composer ce nouvel album. Malheureusement je n’ai pas eu les moyens d’avoir sur scène ce soir Lorine Chia mais c’est Mary May qui la remplace avec brio et talent. C’est déjà génial d’avoir ces deux artistes américains ainsi que Florian Pelissier, le fameux pianiste de jazz, plus Greg F à la guitare, plus Seb, notre nouveau bassiste et Nico, notre nouveau batteur. Donc on est dix en tout avec notre ingénieur du son et notre tour manager. Et comme on a un camion qui ne fait que 9 personnes, moi je prends le train et je me sacrifie ! (rires)

12891086_1142755389097325_7250333489785587128_o

5/ I : Ton expérience Reperkusound en un mot ?

G : Mon expérience en un mot, je dirais qu’elle est initiatrice et enrichissante. On n’est pas encore habitués à la scène festival avec un public plus éclectique. Moi à la base, je suis beaucoup plus friand des petites scènes underground, avec un public chaleureux et plus proche. Tu vois, si je veux taper dans la main d’un mec du public, c’est pas possible. Donc ce n’est pas la même dynamique, la même gymnastique, les mêmes repères. Rien à voir avec un concert de Guts plus classique avec un public de 500 personnes. Là, il faut être plus expressif, je parle beaucoup moins sur les grandes scènes. Donc, cette expérience nous force à prendre de nouveaux repères et j’avoue que pour l’instant j’aime moins jouer sur les grandes scènes, mais on va travailler pour essayer à y prendre davantage de plaisir pour y être confortable et être autant en harmonie sur des petites scènes où on joue en notre propre nom que sur des scènes communes de festival


Facebook - Soundcloud
Publicités